Quelle aventure! Deux mois et demi de travail, deux à trois fois plus d'invités que par les années passées, un emplacement de rêve perdu à 15 jours de la soirée, une bataille pour obtenir un permis d'alcool, des discussions avec les policiers de la moralité... et j'en passe.
Tant de choses se sont dites au sujet de cette soirée; certaines vraies, certaines fausses. Il y eu beaucoup de spéculations, de dénigrements, de plaintes, mais aussi pleins de félicitations, de remerciements et d'encouragements.
Afin de remettre les pendules à l'heure je vous ouvre mon bilan de la soirée, et de sa préparation, pour que vous puissiez vous-même forger votre idée, basée sur des faits réels.
L'emplacement de la soirée a certes été le sujet de controverse par excellence. Voici les faits : En début d'été je rencontre les gérants de l'édifice rue Notre-Dame qui voulaient me connaître pour entrevoir la possibilité d'organiser des soirées échangistes haut de gamme. L'endroit est sublime, d'une beauté et d'une luxure inégalée. Après réflexion, je fais part de mon intention de louer l'endroit pour tenir la soirée Les Yeux Grands Fermés. Je spécifie qu'il s'agit d'une soirée échangiste et qu'il y aura des activités sexuelles, je donne l'adresse du site Internet, j'explique mes activités passées
dans différents clubs dont l'Orage, Montréal Sexy Boat, soirées Gang Bang... Je remets mon livre sur l'échangisme au gérant. Tout est clair, net et précis, il n'y a aucune équivoque sur les activités qui s'y dérouleront le 28 octobre. Début septembre, je signe le bail et je remets un dépôt substantiel. Je prends des photographies et j'annonce le lieu sur le site Internet. Début octobre le journal Photo Police annonce ma soirée sur 4 pages, y compris la page frontispice. Près d'une semaine plus tard,
le 13 octobre, je me fais canceller la soirée et résillier le bail sous prétexte qu'il y a trop de publicité autour de l'événement et que cela pourrait nuire à la réputation de l'endroit.
La
recherche d'un nouvel emplacement a été ardue. Il n'est pas facile de trouver un propriétaire d'édifice de grande capacité sans permis d'alcool. Tous ceux qui ont un permis d'alcool de bar ou de discothèque ne peuvent pas me louer. Il est interdit au Québec d'avoir sexe et alcool dans un même lieu public. Il me fallait trouver un endroit qui pouvait accommoder 300 personnes (j'avais déjà à cette date environ 250 billets vendus) et qui avaient des installations de bases (lits, sofas, bar, piste de danse...). Idéalement à proximité de l'endroit d'origine et avec une facilité de stationnement.
J'ai cessé de vendre des billets pendant les 4 jours de recherche suivant la résiliation du bail et je m'apprêtais à rembourser tous ceux achetés en pré-vente et à canceller la soirée.
Le
loft de la rue de la Commune a été trouvé par mon assistante, Nadia. Je lui en suis plus que reconnaissant. Le loft « underground » du deuxième plancher se loue régulièrement à une clientèle huppée de la gente artistique et politique québécoise et canadienne. Certainement moins prestigieux et luxueux que l'emplacement original, il n'en demeure pas moins qu'il s'agissait d'une bonne solution de rechange. J'ai expédié un courriel avec demande de confirmation de lecture, à tous ceux qui avaient déjà acheté leur billet pour leur expliquer le changement de lieu hors de mon contrôle.
Quelques uns ont demandé à être remboursés, ce que j'ai fait sans hésiter. La grande majorité ont déploré le changement de lieu mais ont conservé leur réservation. Je me suis assuré d'avoir communiqué le nouvel endroit à tous, par courriel ou par téléphone. Il n'y a eu que 4 personnes avec billets en main que je n'ai pu rejoindre faute d'adresse courriel fonctionnelle. J'ai placé une hôtesse à l'ancien endroit, de 19h à minuit, pour que ces 4 personnes puissent participer à la soirée.
Trois planchers pour s'amuser en toute sécurité. Le loft en location offrait 3000 pieds carrés à aire ouverte. C'était idéal pour danser mais peu commode pour les activités sexuelles prévues. Il était impératif d'obtenir un autre plancher. Après discussions avec les propriétaires, nous avons pris ententes pour utiliser le loft personnel d'un d'eux. Jusqu'au 25 octobre j'ai donc annoncé 2 planchers de 3000 pieds carrés chacun avec une occupation légale de 160 personnes par plancher. Les reservations ont continué et j'ai ajouté un troisième plancher (celui de l'autre propriétaire) pour être en mesure d'accommoder tout le monde.
Capacité totale légale de 480 personnes. Je tiens à spécifier que l'endroit était sécuritaire. Outre l'escalier connu, il y avait un autre escalier de secours et les pompiers de Montréal avaient précédemment visité le loft et obligé l'installation de gicleurs automatiques sur les trois étages.
L'attente dans les escaliers a été difficile pour certains, j'en conviens et je m'en excuse. L'expérience passée m'a appris qu'il fallait séparer les heures d'arrivées pour éviter les files d'attente le plus possible. Il y a donc eu 4 temps différents d'arrivées d'instaurés. Pour les billets achetés d'avance, il y avait 100 personnes avec arrivée à 20 heures et 100 autres à 21 heures. Pour les billets achétés sur place nous avions demandé d'arriver à 21:30h pour certains et 22 heures pour d'autres, nous réservant le droit de refuser l'accès si la capacité totale venait à être dépassée. Très peu de gens se sont présentés de 20h à 21h comme convenu, ce qui a eu pour effet de créer un bouchon à l'entrée et au vestiaire.
Notre demande de
permis d'alcool a été refusée. Nous avons demandé un permis de réunion pour la vente d'alcool qui a été refusé par l'employé de la Régie des alcools, courses et jeux du Québec à Montréal. Nous avons demandé une révision du dossier et celui-ci a pris le chemin de Québec pour terminer aux mains du régisseur en chef qui a également refusé la demande. Les gens de la Régie ont commandé une enquête policière sur la soirée et j'ai discuté avec l'enquêteur au dossier. Toutes les activités échangistes et sexuelles de la soirée y étaient légales à condition qu'il n'y ait pas d'alcool d'impliqué dans le même lieu.
La visite de la
Police de la Moralité du SPVM a été faite discrètement et sans déranger la soirée. Je veux remercier publiquement les trois policiers qui y ont prit part. Ils sont venus vers 23h et ont visité et fouillé les 3 bars à la recherche de bouteilles d'alcool. Ils ont fait preuve de civisme et de professionnalisme en faisant leur travail discrètement. Peu d'échangistes se sont aperçus de leur présence. Nous avons également eu la visite de patrouilleurs de la Police qui sont venus 2 fois en soirée concernant des plaintes pour le bruit. Eux aussi ont été compréhensifs et je les remercie. C'est pour éviter une troisième plainte et la fermeture de la soirée que nous devions garder les fenêtres fermées au plancher de la discothèque.
Jean Hamel s'en met plein les poches! Je l'ai entendu souvent cette phrase là. Oui, je suis en affaires pour générer des profits. J'estime que c'est normal. Je produis des soirées depuis plus de dix ans avec une clientèle fidèle, en considérant que j'offre à mes clients et amis de très belles soirées qui valent le prix demandé. J'ai toujours au fil des ans, tenté de satisfaire ma clientèle, et si pour une raison quelconque il y avait insatisfaction, je n'ai jamais hésité à offrir une compensation. À la lecture du bilan financier, vous verrez que ce n'est pas la mine d'or que certains peuvent croire. Ah! Aux détracteurs qui ont considéré le changement de lieu comme une arnaque, je vous mentionne simplement que le nouvel emplacement m'a coûté 1500$ de plus que l'endroit initial sur Notre-Dame.
J'espère que ces brèves explications répondent aux interrogations sur le déroulement de la soirée. Souvent, quand on n'a pas l'information réelle, on imagine le pire. J'en ai entendu et lu des vertes et des pas mûres un peu partout dans les forums de discussions sur Internet. Une chance qu'il y a toujours deux côtés à une médaille et je remercie tous ceux qui m'ont félicité et encouragé et qui seront là encore une fois l'an prochain.
Jean Hamel